Se battre contre le cancer

« Le service de cancérologie de la Pitié-Salpêtrière est malheureusement bien souvent celui de la dernière chance. Mais on y teste aussi beaucoup de nouveaux médicaments, de nouvelles molécules. Cela donne de l’espoir et davantage de chances de guérison.

Depuis un moment, il est vrai que je ne me bats plus contre le cancer mais contre la mort. Très tôt, je n’ai plus vu les cas simples, je suis devenu chef de service à l’âge de 34 ans. 

Pourquoi j’exècre le cancer ? C’est mon ennemi de tous les jours. Je l’ai en horreur. D’abord parce qu’il induit des souffrances terribles, physiques et morales. Il enlaidit les corps, mutile. C’est l’ennemi le plus redoutable que l’on puisse imaginer. Car ce qui fait sa force, c’est la force même de vie du patient. Une cellule cancéreuse a 30 000 gènes, elle est aussi puissante que les autres cellules du malade. Elle n’a qu’un but: assurer sa survie, même si cela doit entraîner la mort du patient. Cette maladie ne permet ni de se reposer, ni de baisser sa garde.

La pratique de la médecine

La médecine dans mon service n’implique pas que du savoir mais aussi et surtout de la relation humaine et du respect de la dignité du malade. Le statut de malade ne prive pas quelqu’un de sa liberté, qui induit du savoir.

Il y a une grande exigence d’information des malades dans le service. Un livret d’accueil leur est donné dès l’entrée. Il explique et présente le service, les personnes qui y travaillent, les traitements et effets secondaires de la maladie mais également les termes médicaux qui peuvent sembler obscurs. C’est un service où l’on parle et où l’on explique. Car les mots sont puissants, ils blessent et tuent. Mais ils peuvent aussi panser les blessures et éloigner les angoisses.

La relation avec le patient

Chaque relation est singulière car chaque situation clinique, chaque patient est différent. Il n’est pas possible d’appliquer les mêmes principes à tous. Il n’y a pas de règles dans l’annonce de la maladie. Mon seul souci est de ne pas le blesser. Il y a d’autres façons d’annoncer à quelqu’un qu’il va mourir, au lieu de lui jeter la vérité à la figure. »

David Khayat