Prévenir le cancer ça dépend aussi de vous : le Pr David Khayat répond aux questions de ses lecteurs

Couverture livre DK-2014

Chers lecteurs, chers internautes,

Parce que seuls 5% des cas de cancer sont d’origine héréditaire, chacun d’entre nous peut agir préventivement contre le développement de cette pathologie. C’est pourquoi j’ai tenu à partager avec vous quelques conseils que je vous livre dans Prévenir le cancer ça dépend aussi de vous. Dans cet ouvrage comme dans ceux qui l’ont précédé, mes positions s’appuient toujours sur des études scientifiques et sur mes 35 années d’expérience auprès de mes patients. Les recommandations que j’y fais ont pour but de vous aider à limiter votre exposition continue à une multitude de tous petits facteurs cancérigènes, à l’origine du cancer dans la plus grande majorité des cas.

Depuis la publication de ce nouveau livre, vous êtes nombreux à m’interroger sur différents sujets que j’y ai traités pour vous donner le plus de chances possibles de réduire votre risque de développer un cancer.

A défaut de pouvoir répondre à chacun d’entre vous, j’ai décidé de revenir brièvement ici sur les questions les plus fréquentes.

Limitez les comportements à risque

Prévenir le cancer n’est possible que si nous adoptons un comportement responsable en évitant de nous exposer inutilement à des facteurs de risque tels que le tabagisme, une mauvaise alimentation ou une prise déraisonnée de compléments alimentaires par exemple.

Le tabac, ennemi public n°1

Aujourd’hui, plus personne ne conteste le fait que le tabac est une substance extrêmement dangereuse pour la santé, responsable du développement de bien des cancers du poumon ou ORL notamment. Certes, se défaire de cette addiction est souvent très difficile mais vraiment nécessaire si l’on veut réduire de façon effective son risque d’avoir un cancer et protéger son entourage des nuisances tout aussi dramatiques du tabagisme passif.
Vous me demandez souvent si la cigarette électronique, qui connaît un succès commercial retentissant, est un moindre mal. En réalité, bien que ce produit soit présenté comme une alternative, à l’heure actuelle nous n’avons pas la moindre preuve scientifique que le vapotage soit vraiment moins nocif. Bien plus, la législation française est encore trop lacunaire pour garantir aux consommateurs une traçabilité des appareils et la qualité des e-liquides vendus. La prudence est donc de rigueur ! Mais quoi qu’il en soit, tout ce qui peut vous aider à ne plus fumer de vraies cigarettes est bon à prendre.

Attention à ce que vous mettez dans votre assiette !

Alors que ce que nous mangeons est capital pour notre santé, l’évolution de nos habitudes alimentaires nous conduit à consommer des produits trop salés, trop gras ou trop sucrés et souvent trop peu variés. De fait, on estime que 20% des cancers sont directement ou indirectement liés à la pauvreté de notre alimentation. Prévenir cette maladie passe donc par une meilleure maîtrise de ce que vous mettez dans votre assiette. Soyez gourmets ! Plutôt que de manger sur le pouce des plats préparés bourrés d’additifs, (re)découvrez le plaisir de prendre le temps de cuisiner et de savourer des plats élaborés à partir d’ingrédients simples et de saison. Cela vous permettra d’adopter une alimentation saine, équilibrée et surtout variée. J’insiste sur ce dernier point car si l’un des produits que vous consommez s’avérait être cancérigène pour vous, le fait que vous n’en mangiez pas tout le temps vous permettrait de ne pas être surexposé à un risque. Maintenant, à vous de constituer votre menu !

Les compléments alimentaires : à chacun ses besoins

Les personnes soucieuses de leur santé pensent faire du bien à leur corps en prenant des compléments alimentaires. Pourquoi pas ? Notre corps a des besoins que notre mode de vie et notre alimentation ne parviennent pas toujours à satisfaire correctement. Le problème se pose en revanche lorsque l’on avale aveuglément tous les comprimés qui nous sont présentés comme étant bons pour notre santé : vitamine A, E, D ou encore omégas 3. Erreur ! Chacun d’entre nous est unique et ce qui présentera des effets bénéfiques pour l’un pourra être vraiment néfaste pour l’autre. Ainsi, selon que vous soyez un homme ou une femme, fumeur ou non, la consommation excessive d’une vitamine ou d’un nutriment peut augmenter vos risques de cancer. Par exemple, des études ont révélé que la vitamine E ou les omégas 3, loin d’être bons pour prévenir les cancers, pouvaient être particulièrement dangereux pour les hommes et leur prostate. Adressez-vous donc à votre médecin avant toute prise de compléments alimentaires !

Prenez de bonnes habitudes

Prévenir le cancer n’est pas qu’une question de limitation des risques : cela passe aussi par le fait de privilégier des comportements et des habitudes bonnes pour vous, en matière de sexualité ou d’alimentation par exemple.

Sexe : c’est (pas seulement) bon pour le moral

Voilà une nouvelle qui en a réjouit plus d’un(e) : des études scientifiques ont prouvé que faire l’amour réduit notre risque de développer plusieurs cancers ! Bien que je n’occulte pas dans mon livre le fait qu’il existe bien sûr aussi des résultats contradictoires, des recherches sérieuses réalisées sur le lien entre cancer de la prostate et éjaculation ont démontré que plus on éjacule, plus le risque d’avoir cette maladie diminue. Et lorsque vous me demandez si cela vaut aussi bien lorsque l’on se masturbe que lorsque l’on a un rapport sexuel, ma réponse est la même que dans mon ouvrage : « pas tout à fait », et ce à cause de la quantité moindre de sperme que l’on expulse dans la première opération que dans la seconde. Evidemment, les personnes ayant une vie sexuelle peu remplie voire inexistantes ne doivent pas se croire condamnées pour autant : nous sommes là dans le domaine de la prévention, je le répète, et de même que tous les fumeurs ne développent pas systématiquement un cancer du poumon, tous les prêtres ayant fait vœux de chasteté n’auront pas un cancer de la prostate ! Du côté des femmes, l’activité sexuelle a également des vertus protectrices, notamment pour les cancers du sein : le fait de faire l’amour et avoir des enfants diminue les risques. Plus étonnant, une étude a constaté que les pénétrations avec un préservatif, en diminuant la sensation de contact entre le vagin et le pénis, augmentaient de façon nette la probabilité d’avoir un cancer du sein par rapport aux pénétrations sans protection. Soyons clairs : je ne cherche pas ici à encourager un comportement irresponsable et à remettre en question l’utilisation des préservatifs lors de relations sexuelles, objet d’une absolue nécessité et dont l’usage ne doit en aucun cas faire l’objet d’hésitations. Ces remarques ne sont valables, comme je l’écris dans mon dernier ouvrage, « que dans un contexte de grande confiance mutuelle » ! Il serait absurde de chercher à prévenir le cancer en prenant le risque de s’eposer à des maladies sexuellement transmissibles (MST). Adaptez votre comportement à votre situation personnelle !

Les sept piliers du régime anticancer

Si « variété » est le maître mot de mes conseils en matière d’alimentation, il existe des produits qui méritent une place de choix dans vos cuisines grâce à leurs propriétés fabuleuses qui ont été mises en avant dans de nombreuses études : mon « top 7 » des aliments anticancer. Il s’agit de la grenade, fruit aux vertus exceptionnelles, de l’ail, du sélénium, du curcuma, de la quercétine, du thé vert et du brocoli. Cependant, malgré tous les efforts que nous pouvons faire quotidiennement pour mieux nous nourrir, notre alimentation ne nous permet pas toujours d’ingérer des quantités qui nous seraient véritablement bénéfiques. Preuve en est qu’il faudrait manger 20 portions d’ail par semaine, boire 6 tasses de thé vert et prendre entre 6 et 8 grammes de curcuma par jour pour profiter des effets anticancer de ces ingrédients ! D’autres produits, comme le sélénium, ne se retrouvent d’ailleurs qu’en trop petite quantité dans certains produits. Grâce à leur capacité de concentration, certains compléments alimentaires peuvent alors s’avérer utiles. J’insiste toutefois sur le fait que ce sont des « compléments », c’est-à-dire qu’ils ne se substituent en rien à une alimentation saine et équilibrée, et qu’il est préférable de demander l’avis d’un professionnel de santé avant d’en prendre, comme je vous l’expliquais plus haut !

Se faire plaisir, bien sûr, mais toujours avec modération !

Même si certains produits comme le saumon méritent d’être regardés avec suspicion en raison des substances toxiques qu’on y retrouve, il ne s’agit pas de se priver de ce qui nous fait plaisir mais de déguster chaque aliment avec modération et dans une faible fréquence pour en limiter les risques cancérigènes. De même, si vous vous accordez de petits écarts, ne tombez jamais dans l’excès. Cette règle s’impose pour tout, y compris bien sûr lorsque vous buvez du vin. Il n’est pas question pour moi de vous dire qu’il faut cesser d’en consommer puisque celui-ci contient du resvératrol, un puissant antioxydant bénéfique pour notre organisme, mais je vous rappelle que toute boisson alcoolisée est faite pour la dégustation, pas pour l’exagération ! Je finis en tout cas avec une excellente nouvelle pour les gourmands avant que ne débutent les fêtes de fin d’année : le chocolat, c’est bon pour vous ! En effet, on retrouve dans le cacao de nombreuses substances bénéfiques comme la quercétine qui a la propriété de lutter contre le stress oxydatif et de détruire les cellules cancéreuses. Alors variez, modérez, mais sachez parfois vous laisser tenter !